
Vous l’avez sûrement remarqué, votre enfant réagit parfois de manière démesurée aux petits événements de son quotidien. Lorsqu’il est confronté à la frustration par exemple, il peut rentrer dans une colère terrible et se montrer inconsolable. S’agit-il d’un caprice ? Que faire pour calmer votre enfant ?
Caprice bébé : le guide complet.
Caprice bébé : de quoi parle-t-on ?
“C’est un bébé capricieux”, c’est sûrement une réflexion que vous avez déjà dû entendre (ou penser vous-même) si votre enfant fait parfois quelques grosses colères. Parler de caprice signifie partir du principe que la colère est intentionnelle et qu’elle est liée au caractère de votre enfant. Pourtant, bien souvent, les « caprices » s’apparentent plus à des tempêtes émotionnelles, qui s’expliquent bien plus par l’immaturité du cerveau de votre enfant que par son prétendu mauvais caractère.
Qu’est-ce qu’un caprice ?
Le terme de caprice induit forcément une notion de manipulation : votre enfant fait une crise dans l’objectif d’obtenir de vous ce qu’il veut. Pourtant, on sait aujourd’hui qu’avant 4 ou 5 ans, votre enfant n’est pas capable de vous manipuler car il n’en a tout simplement pas les capacités intellectuelles (son cerveau n’est pas encore suffisamment développé).
Pour manipuler, un enfant doit être capable de se décentrer, c’est-à-dire de se mettre à votre place – afin d’élaborer une stratégie pour vous faire céder. Les caprices, soit les colères qui impliquent une volonté de nuire, n’existent donc pas chez les plus jeunes.
Cela étant, votre enfant vit de réelles frustrations (il est limité dans ce qu’il peut faire, dans son expression) et est dépassé par ses émotions, que son cerveau n’est pas encore capable de gérer, d’où les crises de colère ou les pleurs inconsolables. On parle donc plutôt de “tempêtes émotionnelles”, qui correspondent à des besoins ou des envies non satisfaites.
Différence entre caprice et besoins
Nous venons de le voir : un bébé n’est donc pas capable de faire un réel caprice. En revanche, il peut ressentir des frustrations liées à des besoins non satisfaits, ce qui explique les crises de larmes ou les colères. Voici quelques exemples des besoins fondamentaux d’un bébé :
- Les besoins physiologiques (vitaux) : comme chaque être humain, votre bébé a besoin de manger suffisamment (toutes les 2-3 heures environ les premières semaines de vie, car son estomac n’est pas encore capable de stocker), de dormir, d’être en bonne santé et d’être propre.
- Le besoin de contenance : à la naissance, votre bébé passe d’un monde clos avec des limites palpables (votre utérus) à un univers bien plus grand et qu’il lui est impossible de limiter. Sans parler de la découverte de la gravité (dans votre utérus, il flottait !). Aussi, votre enfant à besoin de se sentir contenu le temps de la transition entre ces deux mondes diamétralement opposés.
- Le besoin de mouvement : comme vous l’avez peut-être déjà remarqué, votre bébé s’endort plus rapidement quand il est dans sa poussette ou en voiture. Cela traduit son besoin de mouvement. Dans l’utérus, votre bébé bougeait en permanence et était constamment bercé par vos mouvements. Lorsqu’il pleure ou s’agite quand il est statique trop longtemps, il ne s’agit donc pas d’un caprice mais d’un véritable besoin.
- Le besoin de proximité : dans sa vie intra-utérine, un bébé ne fait qu’un avec sa mère. Il entend sa voix, le battement de son cœur, ses mouvements… Une fois dehors, il va chercher à retrouver cette proximité. Là encore, il ne s’agit pas d’un caprice s’il pleure loin de vos bras.
Bon à savoir : ces besoins sont particulièrement forts les trois premiers mois – c’est d’ailleurs durant cette période que vous construisez les bases de votre relation tout en l’aidant à s’adapter à son nouvel environnement – pour autant, un enfant plus grand peut continuer de manifester sa frustration par des pleurs ou de la colère lorsque ses besoins de sont pas satisfaits (il ne connais pas encore d’autres façon d’exprimer ces tempêtes émotionnelles).
Que se passe-t-il dans le cerveau d’un bébé face à une émotion forte ?
Le cerveau humain est composé de plusieurs parties qui jouent chacune un rôle bien spécifique. Ces parties ne se développent pas au même rythme pendant l’enfance. Cela explique notamment que les réactions des enfants soient différentes selon les âges. Faisons le point.
Le développement du cerveau
Chez le nourrisson, le cerveau limbique (rattaché aux émotions) et le cerveau reptilien (lié aux besoins primaires) prédominent. D’un autre côté, le cortex préfrontal (qui gère la capacité d’inhibition et le raisonnement) n’arrive à maturité que vers 5 ou 6 ans au fameux “âge de raison”. Le cerveau rationnel, lui, n’arrive à maturité que vers 25 ou 30 ans !
Cela nous apprend deux choses majeures :
- Avant 6 ans, l’enfant est dominé par ses émotions, ce qui explique certaines réactions « orageuses ».
- Avant 6 ans, l’enfant n’est pas capable de construire un raisonnement complexe, donc de manipuler quelqu’un. Concrètement, il ne peut pas faire un caprice dans le but d’obtenir quelque chose.
Les émotions en fonction de l’âge
Nous l’avons vu plus haut : les besoins de votre bébé et l’intensité avec laquelle il les exprime peuvent être particulièrement marqués les trois premiers mois car il est encore en phase d’adaptation. La transition entre la poche des eaux et le monde extérieur n’est pas facile pour lui.
- Après 3 mois : votre bébé continue de pleurer ou de s’agiter pour exprimer ses besoins, il ne connaît pas encore d’autres façons de vous les faire connaître. Lorsque votre bébé pleure, c’est vous qu’il appelle, c’est un peu son signal d’alarme. Un bébé est entièrement dépendant des adultes qui s’occupent de lui, sa survie dépend de ses pleurs !
- A partir de 12 mois : votre enfant commence à s’affirmer en tant qu’individu et à prendre conscience du monde qui l’entoure. C’est souvent à cette période qu’il commence à vous dire non et à se mettre en colère quand il n’obtient pas ce qu’il demande. Plutôt qu’une volonté de nuire, ses colères traduisent plutôt l’incapacité de son cerveau, encore immature, à gérer certaines émotions, notamment cette intense frustration qu’il ressent à ce moment-là.
- Entre 18 mois et 4 ans : durant cette période, il est possible que votre enfant devienne moins coopératif, plus susceptible/colérique, et dise souvent non à tout. On parle alors du “terrible two”, du “threenager” et du “fucking four” pour désigner à 2, 3 et 4 ans ces périodes d’opposition souvent communes à chacun de ces âges. Derrière cette apparente opposition se cache une envie d’autonomie et d’affirmation de soi qui montre que votre enfant se développe. Même si ces colères peuvent être difficiles à vivre au quotidien, il ne s’agit toujours pas de caprices.
- A partir de 5-6 ans : ce n’est qu’à partir de là, quand votre enfant est capable de se décentrer, que l’on peut commencer à parler éventuellement de caprice.
Notez que ces âges ne sont que des indications générales ; chaque enfant se développe à son rythme.
Bon à savoir : rappelez-vous que votre enfant n’agit pas contre vous. Ces crises de colère sont normales et font partie de son développement émotionnel et cognitif.
Comment gérer les crises de colère ? Que faire face à une tempête émotionnelle ?
Savoir qu’il s’agit d’une tempête émotionnelle et non d’un caprice aide généralement à dédramatiser la situation. Mais cela ne change rien au fait que ces crises sont désagréables à vivre. Voici donc quelques conseils pour affronter ces moments difficiles et accompagner votre enfant :
- Identifier s’il s’agit d’un besoin (manger, dormir, …) ou d’une envie (un autre bonbon…).
- Reconnaître et verbaliser : « Je vois que tu avais très envie de ces bonbons, je comprends ta déception. »
- Ne pas céder pour autant : accueillir l’émotion ne signifie pas non plus que vous devez dire oui à tout ! Si vous n’êtes pas d’accord, expliquez-le lui clairement et calmement.
- Mobiliser l’imaginaire : « Quand tu iras chez ton cousin tu voudras qu’on lui apporte quels bonbons ?”
- Câliner : l’ocytocine (hormone du bonheur) sécrétée lors d’un câlin permet de combattre le cortisol (hormone du stress) dont il est submergé.
Si vous avez des questions sur le sujet, n’hésitez pas à télécharger l’application May. Une équipe d’infirmières puéricultrices vous répond 7j/7 de 8h à 22h.
Caprice bébé : un point sur la parentalité positive
Face à ces tempêtes émotionnelles, quelques conseils tirés de la parentalité positive (ou éducation positive) peuvent peut-être vous être utiles. Il s’agit d’une technique d’éducation basée sur trois piliers :
- le respect (de l’enfant en tant que personne et de son développement),
- la non-violence (qu’elle soit verbale, physique ou morale),
- la collaboration, l’autonomisation et la responsabilisation de l’enfant.
Le tout, en tenant compte des droits et des devoirs de chaque parent. Notez que l’éducation positive n’est pas synonyme de laxisme. Au contraire, l’objectif majeur de l’éducation positive est de concilier bienveillance et fermeté pour permettre à l’enfant de devenir plus tard un adulte responsable, épanoui et autonome. Dans le cas d’un “caprice” :
- Si votre enfant refuse d’obéir à l’une de vos consignes : lui donner des choix peut faciliter sa coopération car il se sentira acteur de la situation (par exemple, s’il préfère mettre les chaussures rouges ou bleues).
- Pensez également à adapter votre langage à son niveau de développement : ne vous lancez pas dans de longues explications compliquées quand vous lui refuser quelque chose, tentez plutôt de faire une phrase courte et simple qu’il pourra facilement comprendre et à détourner son attention de sa frustration en lui proposant une distraction pourquoi pas (“Non, je ne peux pas t’acheter de bonbons aujourd’hui. Tu viens m’aider à choisir les fraises ?”).
Un bébé n’est donc pas capable de faire un caprice car il n’est pas en capacité de vous manipuler. En revanche, l’immaturité de son cerveau peut l’amener à exprimer ses frustrations par de violentes crises de larmes ou de colère. Ces situations, bien que difficiles à vivre, sont la preuve que votre enfant se développe. Essayer d’accueillir et d’accompagner ses émotions et frustrations plutôt que de vous mettre en colère. Et bien sûr, si vous avez des questions, des inquiétudes ou des doutes, n’hésitez pas à en parler à votre médecin/pédiatre ou à un·e professionnel·le de santé de l’équipe May en téléchargeant l’application.
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Crédits photos : Image-Source | Johnstocker | YuriArcursPeopleimages